Données techniques — Canal de Bourgogne
| Longueur | 242 km |
| Nombre d'écluses | 189 |
| Point culminant | 378 m (seuil de Pouilly-en-Auxois) |
| Versant Seine | 114 écluses sur 150 km |
| Versant Saône | 75 écluses sur 92 km |
| Tunnel de Pouilly | 3 333 m de longueur |
| Construction | 1775–1832 |
| Gabarit | Freycinet (38,50 m × 5,20 m) |
Un canal tardif aux travaux prolongés
Le projet d'un canal reliant la Seine à la Saône date du règne de Henri IV, mais les études sérieuses ne débutent qu'au XVIIIe siècle. Les travaux sont autorisés en 1775 par Louis XVI. La Révolution interrompt le chantier, qui reprend sous le Consulat et se prolonge jusqu'en 1832 — soit près de soixante ans entre les premières terrassements et la mise en service complète.
Cette durée exceptionnelle explique la coexistence sur le canal de techniques de maçonnerie différentes selon les tronçons : les écluses construites avant 1789 présentent des caractéristiques distinctes de celles édifiées sous l'Empire ou sous la Restauration.
Le versant Seine : 114 écluses en 150 kilomètres
Depuis Migennes, où le canal rejoint la rivière Yonne, jusqu'au tunnel de Pouilly-en-Auxois, le versant nord compte 114 écluses sur 150 kilomètres. La pente est régulière mais soutenue, notamment dans la vallée de l'Armançon, où plusieurs séquences d'écluses rapprochées se succèdent sur quelques kilomètres.
La longueur des biefs entre deux écluses consécutives varie considérablement. Certains atteignent plusieurs kilomètres dans les parties planes de l'Auxerrois, tandis que d'autres ne dépassent pas quelques centaines de mètres dans les secteurs à forte pente. Cette variation impose aux éclusiers historiques — et aujourd'hui aux plaisanciers — une navigation cadencée par les temps d'attente aux portes.
Le tunnel de Pouilly-en-Auxois
Le tunnel de Pouilly-en-Auxois mesure 3 333 mètres. À son ouverture, c'est l'un des plus longs tunnels de navigation de France. Sa section est suffisamment large pour permettre le croisement de deux bateaux, mais les bateliers du XIXe siècle ne disposaient pas de halage dans le souterrain : les chevaux empruntaient le chemin de surface pendant que les mariniers avançaient à la touline (cordage tiré par les hommes) ou à l'aide de faux plafonds tractés.
Aujourd'hui, le passage est régulé : les bateaux traversent le tunnel dans un sens puis dans l'autre selon un horaire alterné, les véhicules à moteur étant interdits sous la voûte pour protéger la maçonnerie.
Le bief de partage
Le bief de partage, situé entre le portail nord et le portail sud du tunnel, est alimenté par des résurgences et des captages dans les plateaux calcaires du pays d'Auxois. Sa gestion est délicate en périodes sèches : la rétention d'eau dans les nombreux réservoirs amont — notamment le réservoir de Panthier — compense les déficits estivaux.
Le versant Saône : 75 écluses en 92 kilomètres
La descente vers la Saône depuis Pouilly-en-Auxois s'effectue via la vallée de l'Ouche jusqu'à Dijon, puis la vallée du Doubs jusqu'à Saint-Jean-de-Losne. Le versant sud compte 75 écluses sur 92 kilomètres, soit une densité légèrement inférieure au versant nord. La pente est plus marquée dans les premiers kilomètres après le tunnel, ce qui concentre les écluses dans la haute vallée de l'Ouche.
Architecture des écluses
Les écluses du canal de Bourgogne sont construites en pierre calcaire de Bourgogne, extraite localement. Les maçonneries des bajoyers — les parois latérales des chambres — présentent un appareil régulier, avec des pierres de taille disposées en assises horizontales. Les portes busquées en chêne ou en métal ont été remplacées progressivement au cours du XXe siècle par des portes métalliques à commande manuelle ou électrique.
Les maisons d'éclusiers, construites à proximité immédiate de chaque ouvrage, forment un élément architectural caractéristique du paysage bourguignon. Beaucoup de ces bâtiments ont été vendus par VNF à des particuliers depuis les années 1990, consécutivement à l'automatisation des écluses.