Canal du Midi

Le Canal du Midi : un ouvrage du XVIIe siècle toujours en service

Pierre-Paul Riquet achève en 1681 le premier canal à bief de partage de France. L'ouvrage relie Toulouse à l'étang de Thau sur 240 kilomètres et figure depuis 1996 au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Patrimoine hydraulique Mis à jour le 11/06/2026 Source UNESCO — liste 770
Canal du Midi à Vias, chemin de halage ombragé par les platanes

Données techniques — Canal du Midi

Longueur totale240 km (Toulouse–Étang de Thau)
Écluses63 écluses simples, doubles ou triples
Bief de partageAltitude 189,53 m (seuil de Naurouze)
Construction1666–1681
Maître d'œuvrePierre-Paul Riquet
Classement UNESCO1996 (liste du patrimoine mondial)
Gestionnaire actuelVoies Navigables de France

Un projet royal du XVIIe siècle

L'idée d'un canal reliant l'Atlantique à la Méditerranée par le seuil de Naurouze est antérieure à Riquet. Des projets circulent dès le règne de François Ier. Ce que Riquet apporte en 1662, lors de sa proposition à Colbert, c'est une solution concrète au problème principal : alimenter le bief de partage à 189 mètres d'altitude en eau suffisante tout au long de l'année.

Sa réponse consiste à capter les eaux de la Montagne Noire via un réseau de rigoles conduisant l'eau jusqu'à la retenue de Saint-Ferréol, mise en service en 1672. Ce barrage, d'une capacité d'environ sept millions de mètres cubes, constitue à l'époque l'ouvrage hydraulique le plus important d'Europe.

Quatorze années de travaux

Les travaux débutent en 1666 sous l'autorité de Riquet et de l'ingénieur Pierre Campmas. Le chantier mobilise en certaines périodes jusqu'à douze mille ouvriers, dont une proportion significative de femmes affectées au transport de terre. La main-d'œuvre est recrutée dans les paroisses riveraines et rémunérée en numéraire.

Péniche amarrée dans le village de Poilhes, sur le Canal du Midi
Péniche amarrée à Poilhes. Le Canal du Midi accueille aujourd'hui principalement du tourisme fluvial. © Wikimedia Commons / CC BY-SA

Les écluses sont conçues à chambre ovale — forme inhabituelle en Europe à l'époque — afin de mieux répartir les poussées de la maçonnerie contre les parois. Ce choix technique, attribué à Riquet lui-même, distingue les écluses du Canal du Midi de la majorité des ouvrages contemporains.

Riquet décède en octobre 1680, quelques mois avant l'ouverture officielle du canal. Le passage inaugural a lieu en mai 1681 sous la direction de ses fils.

Le système d'alimentation en eau

La prise d'eau principale se situe dans la Montagne Noire, dans le secteur de Raviège et de la Galaube. Un réseau de rigoles — dont la rigole de la Montagne et la rigole de la Plaine — achemine les eaux de fonte et de pluie vers le bassin de Saint-Ferréol, puis vers le seuil de Naurouze.

Le seuil de Naurouze

Le seuil de Naurouze, situé entre Castelnaudary et Revel, constitue le point de partage des eaux. À partir de ce point, le canal descend vers l'Atlantique à l'ouest (vers le canal latéral à la Garonne, puis Bordeaux) et vers la Méditerranée à l'est (vers l'étang de Thau à Sète). La gestion du niveau dans ce bief de partage conditionne l'ensemble du fonctionnement du réseau.

« Le canal du Midi est l'un des ouvrages du génie civil les plus remarquables de l'époque moderne. » — Rapport de l'ICOMOS pour l'inscription UNESCO, 1996.

Les écluses : formes et répartitions

Sur les 63 écluses d'origine, certaines sont simples, d'autres doubles ou triples — c'est-à-dire composées de deux ou trois chambres successives permettant de franchir des dénivelés importants en réduisant la consommation d'eau par manœuvre. L'écluse de Fonserannes, près de Béziers, comporte huit bassins successifs permettant de descendre d'un dénivelé de plus de 21 mètres.

Les dimensions des écluses d'origine correspondent au gabarit d'un bateau de l'époque : environ 30 mètres de longueur pour 5,80 mètres de large. Ce gabarit, dit « du Midi », est distinct du gabarit Freycinet normalisé en 1879.

Les platanes : une replantation en cours

Les 42 000 platanes bordant le canal ont été plantés au fil des XIXe et XXe siècles pour stabiliser les berges et ombrer le chemin de halage. À partir des années 2000, un champignon pathogène, le Ceratocystis platani, affecte progressivement les arbres. VNF a engagé un programme de remplacement progressif par des essences résistantes, notamment le chêne chevelu, l'aulne glutineux et l'érable de Montpellier.

Sources documentaires